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Le père et la fille: lui octogénaire, elle à peine la vingtaine. Ravi Shankar ne s'est pas produit à Paris depuis 14 ans. La dialogue avec Anoushka accompagnée par deux excellents jouurs de tabla revêt un attrait tout particulier.  

 

Anoushka Shankar Live at the Carnegie Hall

Commander ce disque: A noter que Pondichery.com n'ayant pas de vocation commerciale, les produits de ce partenariat seront intégralement reversés à des organisations caritatives indiennes dont Pondichery.com soutient l'action.

Anoushka Shankar

Anoushka et Pandit Ravi Shankar croisés à l'hôtel Oberoï de Bombay
le vendredi 31 janvier par l'équipe de Pondichery.com

 

Virtuose de l'instrument-roi de la musique hindoustani, la jeune instrumentiste marche dans les pas de son illustre père Ravi Shankar. Elle se produit pour la première à Paris, avec lui.

Chandail à même la peau, jean, sandalettes, bague au pied... Belle, naturelle et sans manières, Anoushka Shankar a la fraîcheur de sa jeunesse. Sa décontraction et ses rires tranchent avec la suite feutrée du grand hôtel parisien où elle reçoit. La musicienne indienne est venue pour préparer le premier concert qu'elle va donner, avec son père Ravi Shankar, le 23 mai au Théâtre des Champs- Elysées.

C'est dans ce même Théâtre des Champs-Elysées que le grand maître du sitar, l'instrument-roi de la musique hindoustani, apparu dans sa forme actuelle vers le milieu du XVIIIe siècle en Inde, a joué pour la première fois en public, le 3 mars 1931. Il avait 11 ans, était instrumentiste et danseur dans la troupe de son frère, Uday Shankar, alors installé dans la capitale française. Personne ne pouvait à cette époque imaginer que le jeune garçon allait devenir l'un des principaux artisans de l'émergence de la musique indienne en Occident et de sa popularisation auprès de la jeunesse, après sa rencontre avec les Beatles (en particulier George Harrison, à qui il enseignera l'art du sitar), puis sa participation au festival de Woodstock (1969) et au concert pour le Bangladesh (1971).

Comment Anoushka Shankar vit-elle sa filiation avec une légende ? Etre "la fille ou le fils de..." peut être un sésame. Cela peut aussi alimenter une très forte pression : "Il y a ceux qui, admirant mon père, disent que je dois lui succéder, être la meilleure possible pour porter et transmettre son héritage, et puis d'autres qui se fichent de savoir si je joue bien ou moins bien. Le fait que je sois la fille de Ravi Shankar leur suffit." Son seul souci est d'être à la hauteur de l'enseignement que lui a transmis son père, même si elle avoue, au travers d'un sourire gêné de petite fille fautive, ne pas travailler aujourd'hui son instrument avec suffisamment d'assiduité.

L'apprentissage d'Anoushka commence comme celui de tous les instrumentistes issus de familles de musiciens. C'est-à-dire tôt. Née à Londres en 1981, elle vit, à partir de ses 7 ans, une partie de l'année à New Delhi. Elle a neuf ans lorsque son père entreprend de l'initier au sitar. Elle sera son disciple, il sera son gourou, celui qui dans tradition de la musique classique indienne transmet son savoir par un enseignement rigoureux et long (lui-même restera près de sept années auprès de son propre gourou, "Baba" Allauddin Khan). A aucun moment, elle ne s'est sentie contrainte. "J'ai beaucoup aimé la manière dont mes parents m'ont préparé à la musique. Ils ne m'ont jamais rien imposé. On m'a simplement présenté, exposé des choses. J'avais des aptitudes, ils voulaient donc que j'essaie."

Avec une fierté émue, Ravi Shankar présente en 1995 sa fille à son public, à New Delhi. Le maître fête cette année-là son soixante-quinzième anniversaire et publie un coffret de quatre albums, In Celebration, dans lequel on entend, pour la première fois au disque, Anoushka Shankar. En 1997, elle participe à Chants of India, produit par George Harrison -"pour moi un disciple, un fils et un ami", confiera à l'époque Ravi Shankar, qui sera présent avec sa fille au concert collectif donné, à la mémoire de l'ancien Beatle disparu le 29 novembre 2001, au Royal Albert Hall de Londres (Le Monde du 2 décembre 2002).

"JE NE SAIS PLUS TROP OÙ J'HABITE"

En 1998 paraît le premier disque de la jeune virtuose. Depuis trois ans, outre ses prestations au côté de son père, elle mène une carrière personnelle, affirmant un style brillant et vigoureux. On l'a entendue sur scène aux Etats-Unis, au Japon, en Malaisie, en Europe, on l'a vue en photo avec Sting, Quincy Jones ou Herbie Hancock. Effervescence de la vie d'artiste et petits tracas collatéraux. Impossible de tenir à jour son journal sur son site Internet (www.anoushkashankar.com) et cet aveu : "Je ne sais plus trop où j'habite." A San Diego (Californie), où sa famille a commencé à vivre une partie de l'année quand elle avait 11 ans ? A Londres, sa ville natale, où elle aime retourner ? Où à Delhi ? C'est dans cette ville, cependant, qu'elle pose le plus souvent ses bagages. "Je m'y occupe du centre musical de mon père qui a débuté cette année. J'espère dans le futur y enseigner, mais, pour le moment, je participe à la collecte de fonds, entre autres pour le studio d'enregistrement. Outre un lieu de concerts, l'endroit sera un centre d'enseignement basé sur la relation très étroite entre le maître et son disciple. Les élèves - une vingtaine - vivront sur place."

Vouée à la musique savante indienne, cette jeune fille urbaine et moderne a-t-elle d'autres affinités musicales ? Elle apprécie Sting, Tori Amos et le jazz, surtout depuis le succès du disque de sa demi-sœur Norah Jones, avec qui elle a en commun un tatouage en forme de lotus. Est-elle concernée par les métissages de la scène indo-pakistanaise londonienne ? Très modérément. Si elle apprécie le travail de musiciens et compositeurs comme Talvin Singh ou Nitin Sawhney, elle accepte difficilement de voir les instruments de la tradition classique indienne se perdre sur des chemins hasardeux. Souvent sollicitée pour des collaborations "cross-over", elle se montre très sélective. On l'entendra néanmoins dans un titre du prochain album de Sting.

Que pense-t-elle des démarches de fusion de son père, notamment dans l'album Tana Mana (1987) qui incorporait des sons de synthétiseur ? "Une expérience intéressante. Sans doute une manière un peu démodée maintenant d'utiliser le synthé, mais au bout du compte, un bel album." Difficile de prendre le moindre recul quand celui que l'on évoque est à la fois son père et son gourou. Anoushka Shankar lui voue un respect sans faille. Elle lui doit à la fois d'être une virtuose reconnue du sitar et peut-être aussi, sous le visage lisse de l'insouciance, d'avoir été sensibilisée aux causes humanitaires : la lutte contre le sida en Inde, la défense de la forêt amazonienne, celle du Tibet... "C'est de la responsabilité de tous que de s'engager dans ce type de combat."

Il paraît inutile de lui demander son avis sur le style de Vilayat Khan, autre monstre sacré du sitar que l'on oppose souvent à Ravi Shankar. Spécialistes et amateurs éclairés se répartissent en deux camps. On devine aisément dans lequel la jeune fille se situerait.

Patrick Labesse

Biographie

1981
Naissance à Londres.

1995
Premier concert avec son père, à New Delhi.

1998
Premier album, "Anoushka".

2002
Participe à l'hommage à George Harrison.

2003
Nomination aux Grammy Awards pour "Live At Carnegie Hall".

 

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(c) PONDICHERY.COM 2008 - Textes/infos: François Schotte

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