|
Accueil
Actualités
Anoushka
A Paris
Associat.
Ayurveda
Bombaysers
Carnet 97
Carnet 99
Carnet 01
Colloque
Cuisine
Devi
Divinités
Economie
Editorial
Géographie
Galerie
Kalaripayat
Langage
Lapierre
Lexique
Liens
Littérature
Mailing-list
Megasia
Météo
Mousson
Musique
OGM
OM
Raghunath
Relations
Religions
Rickshaws
Sadhus
Santé
Sarah_Dars
Susheela
Stages
Vaches
Spécial
découverte
de Pondichery
Accès
Alliance
Aurobindo
Auroville
Banques
Carte post
Cinémas
Education
Histoire
Hôtels
Insolite
Lorient
Photos
Restaurant
Shopping
Trait-Union
Urgences
Web-Booth
|
|
Les brochures et les guides touristiques ne mentent
pas : le bleu du ciel plonge bien dans celui des eaux
ponctuées par le vert des cocotiers qui s’y mirent. Alors que
l’embarcation avale les 11 km qui séparent Kumarakom de
Manaltheeram, ralentissant de temps à autre pour se frayer un
chemin entre les bouquets de jacinthes d’eau, on comprend
pourquoi le tourisme rencontre un tel succès ici. Et pourquoi
la petite ville de Kumarakom - jusqu’ici peu connue dans le
reste du monde, sauf des lecteurs d’Arundhati Roy
(elle en
parle dans Le Dieu des petits riens) - figure désormais sur
les cartes du tourisme mondial, ainsi que le magnifique
sanctuaire ornithologique de Vembanad.

Le bassin aquatique du
Kerala est formé par un réseau de 40 fleuves qui prennent leur
source dans les Ghats occidentaux et se jettent dans l’océan
Indien. C’est par ces cours d’eau émaillés de lacs, de canaux
[les backwaters] et d’estuaires que passaient jadis les
cargaisons d’épices venues de l’intérieur et destinées à être
exportées vers l’Europe. Aujourd’hui, ils ont un nouvel usage
: de luxueuses péniches dotées de cabines merveilleusement
décorées et de toits de chaume, glissent avec grâce et majesté
sur les canaux pour le plus grand plaisir des
touristes.
Un peu partout dans la région, de luxueux hôtels
attirent désormais les touristes indiens et étrangers. Et ils
ont tous la particularité d’abriter une clinique ayurvédique
[qui applique les principes de la médecine indienne
traditionnelle]. D’après les professionnels du tourisme, cette
activité de soins traditionnels a enregistré au Kerala une
croissance de 100 % sur les cinq dernières années. Et l’on
estime - même s’il n’existe pas de statistiques fiables -
qu’elle est désormais à l’origine d’environ 30 % des activités
touristiques.
L’introduction de l’ayurveda [médecine traditionnelle
décrite dans l’Ayurveda, le “Veda de la vie”, l’un des livres
sacrés de l’hindouisme] ne faisait pas partie d’une stratégie
globale au départ, reconnaît M. Balakrishnan, du ministère du
Tourisme du Kerala : “Les gens ont manifesté leur intérêt,
alors on les a satisfaits. On n’avait pas prévu cette
croissance exceptionnelle du nombre de centres ayurvédiques.”
Au Kerala, la mousson constitue la meilleure saison pour
entreprendre une cure. “Comme les hôtels sont vides durant ces
mois-là [de juin à octobre], on a proposé des forfaits
‘spécial mousson’. C’était une bonne idée : les touristes
viennent désormais pendant toute l’année et les gens qui
vivent du tourisme n’ont plus de saisons creuses.” La
prolifération des centres ayurvédiques a ses dangers,
reconnaît M. Balakrishnan. Car la qualité des traitements est
inégale, ce qui risque à long terme d’entraver la renaissance
de cette vieille tradition. “C’est pour éviter cela que nous
avons mis en place une classification qui s’ajoute au système
d’autorisation d’exercer préalable”, explique-t-il. Chaque
centre compte au moins un médecin, quatre masseurs et sept à
neuf autres employés. “Nous envisageons maintenant de réguler
la croissance afin de la rendre plus durable, ajoute-t-il.
Nous ne voulons pas construire à tour de bras et nuire à notre
réputation. Notre prochaine étape, c’est populariser la
cuisine locale, qui est conforme à l’ayurveda. L’idli [la
bouillie de riz] et le dosa [une crêpe à base de farine de
lentilles] connaissent déjà un franc succès chez nos
visiteurs, mais ce n’est qu’un début. La cuisine de notre
région est très riche et mérite qu’on la connaisse et
l’apprécie.”
Cet essor du tourisme est lié à l’évolution des
mentalités en matière de voyages. Le voyageur d’aujourd’hui
recherche l’aventure et l’inconnu : il veut découvrir des
expériences culturelles, des cuisines et des modes de vie
différents. Le Kerala, de ce point de vue, a beaucoup à offrir
avec son art dramatique, le kathakali, sa danse
traditionnelle, le mohiniyattom, et son art martial, le kalaripayat. Autres avantages : un environnement social
paisible. Le fait que l’Etat ait longtemps été gouverné par
des marxistes et que les syndicats aient toujours été
puissants a par ailleurs freiné l’industrialisation et
préservé la pureté culturelle du Kerala. Il s’agit d’une
société égalitaire où la pauvreté n’est pas visible et où
aucune violation des droits de l’homme - ou presque - n’est à
déplorer.

“Nous croyons aux
vertus de l’ayurveda, mais nous sommes opposés au tourisme”,
déclare pour sa part A. R. Sankaranarayanan, le directeur
général de l’Arya Vaidya Sala, un organisme caritatif de
Kottakkal. “Nous n’avons rien contre l’utilisation de
l’ayurveda pour promouvoir le tourisme, à condition que le
traitement soit dispensé correctement. Les centres
ayurvédiques ont poussé comme des champignons à Kovalam, mais
la plupart n’ont rien d’authentique. Il faudrait au moins
vingt-huit jours pour faire une cure efficace, chaque type de
soin devant être appliqué pendant un minimum de quatorze
jours. Il ne sert à rien de se faire masser pendant trois
jours, si ce n’est pour avoir sur le moment une sensation de
bien-être.”
L’ayurveda a connu un extraordinaire regain de
popularité depuis dix ans, et le mérite en revient largement à
l’Arya Vaidya Sala, assure M. Sankaranarayanan. Car les
pratiques thérapeutiques des membres de l’association sont
strictement conformes aux principes traditionnels de
l’ayurveda. L’organisation, qui se prépare à célébrer son
centenaire cette année, avait été créée par Vaidyaratnam P. S.
Varrier, une figure légendaire. Le centre, qui emploie 103
médecins et un personnel paramédical de 300 personnes, a connu
un développement extraordinaire au fil des ans : de deux
établissements, il est passé à six, qui soignent des clients
appartenant à toutes les couches sociales et à toutes les
nationalités. Un dispensaire fournit des soins gratuits à 800
patients en consultation externe. L’hôpital ayurvédique et les
centres de recherche à Kottakkal et à Delhi ont une capacité
d’accueil de 200 patients. La recherche et la préparation des
médicaments dans des installations ultramodernes constituent
une activité importante. Outre la culture de plantes
médicinales à Kanhirapuzha et à Palakkat (ex-Palghat),
l’institution possède dans les environs de Kottakkal un
terrain de plus de trois hectares planté d’une immense variété
de plantes et d’herbes médicinales, 80 % des remèdes étant
d’origine végétale.
V. N. Aril Kumar pratique pour sa part le
kalaripayat,
un art martial qui est à la base d’une autre tradition
médicale ayurvédique. Le mot lui-même signifie “combat dans
l’arène”. Une fois ses exercices terminés, il troque avec
aisance sa casquette de guerrier pour celle de guérisseur et
soigne un flot continu de patients dans sa clinique. Guérir
est en effet un élément essentiel du kalaripayat. Grâce à sa
connaissance des 107 points vitaux (ou marma) du corps, il
pratique le Marma Chikista (qui consiste à exercer des
pressions sur des points nerveux précis) avec une expertise
toute martiale. Cette technique permettait jadis de soigner
les blessures, les entorses et les fractures dues à la guerre.
Si l’on en croit la légende, le père du kalaripayat serait le
seigneur Parasurama. Il serait arrivé au Kerala par la mer. Le
kalaripayat est considéré comme l’ancêtre de tous les arts
martiaux orientaux tels que le karaté et le kung fu. Il
permettait aux chefs tribaux de disposer de soldats préparés
au combat, capables de défendre vaillamment leur territoire.
Extrêmement populaire entre le XIIe siècle et le XVIe siècle,
le kalaripayat est tombé en désuétude durant la période
coloniale, avant de renaître après l’indépendance sous
l’impulsion de grands maîtres. On enseigne les techniques
martiales comme médicales aux étudiants, lesquels après des
années de formation deviennent eux-mêmes des gourous. Des
étudiants du monde entier viennent désormais au Kerala pour
s’y initier. “Notre centre ayurvédique est l’un de ceux qui
ont été approuvés et reconnus par le ministère du Tourisme du
Kerala, rapporte M. Anil Kumar. C’est pourquoi nous y
accueillons de nombreux Occidentaux chaque année.”
ll existe deux
versions du kalaripayat, celle du nord de la côte de Malabar
(où chaque village ou presque possède son centre) et celle du
sud, dans laquelle l’aspect médical s’apparente au siddha
[l’une des formes du yoga] explique M. Sathynarayanan, du C.
V. N. Kalari à Thiruvananthapuram [ex-Trivandrum]. Les
médicaments obéissent aux principes ayurvédiques, mais la
méthode de préparation varie selon leur usage. Ils sont
préparés par des spécialistes. Les centres de kalaripayat
complètent leurs revenus par des traitements médicaux. En
moyenne, MM. Ani Kumar et Sathynarayanan soignent chacun 50
patients par jour. “Ce sont les étrangers et le cinéma qui ont
assuré le succès du kalarippayat”, admet M. Anil Kumar, qui a
accepté de prodiguer son enseignement à des artistes, et qui a
également tourné des scènes de cascade dans le film Asoka, de
Santosh Sivan.
Kausalya Santhanam,
The Hindu, Madras
-
Y ALLER
Indian Airlines comme Air India desservent Kochi (ex-Cochin) et
Thiruvananthapuram (ex-Trivandrum), situé dans le sud de l’Etat,
depuis Bombay et New Delhi, les deux principaux points d’entrée
en Inde depuis l’Europe. Pour circuler dans la région,
l’autobus est le moyen de transport en commun le plus pratique,
comme partout en Inde méridionale.
- Y NAVIGUER
Les backwaters. Un vaste réseau de lagunes, de lacs, de rivières
et de canaux offre un paysage unique tout au long de la côte,
mais aussi à l’intérieur des terres. Visiter le Kerala exige
de consacrer au moins une journée à la visite de ce formidable dédale
aquatique. Parmi les croisières proposées, l’une des plus appréciées
relie Kollam (ex-Quilon) à Alappuzha (ex-Alleppey) en huit heures
de navigation. La plupart des hôtels, dans ces deux villes, se
chargent de réserver des places pour leurs clients. On peut faire
une halte sur le parcours, sur l’île de Lekshmithurthu par
exemple, et y passer la nuit afin d’assister à une représentation
de khatakali (la séance dure toute la nuit). Une option de plus
en plus appréciée, mais qui revient assez cher, consiste à
louer un house-boat (kettuvallam), aménagé à partir d’un
bateau traditionnel jadis utilisé pour transporter le riz. On
fera alors le même trajet, de Kollam à Alappuzha, en deux jours,
en dormant à bord.
-
A VOIR
Kathakali. Le mot signifie littéralement la “pièce contant une
histoire”. Cet art dramatique typique du Kerala est issu
d’anciennes formes théâtrales datant du IIe siècle. Mais le
kathakali qui est pratiqué aujourd’hui remonte au XVIIe siècle.
La plupart des pièces interprétées sont inspirées des grandes
épopées hindoues du Mahabharata et du Ramayana. On peut assister
à la représentation dans plusieurs villes de l’Etat, en
particulier à Kochi, à Kovalam et à Varkala.
-
A VISITER
Thiruvananthapuram
(Trivandrum). Cette “ville du serpent sacré”, édifiée
sur sept collines, conserve encore l’atmosphère caractéristique
du vieux Kerala, avec ses bâtiments en forme de pagode aux toits
de tuiles rouges entourées par des rues étroites et sinueuses.
Situé au sud de la gare centrale, le temple de Sri
Padmanabhaswamy, construit il y a deux cent soixante ans, couvre
une superficie de 2 400 mètres carrés. A l’intérieur du
sanctuaire, la divinité Padmanabha, une incarnation de Vishnou,
repose sur le serpent sacré.
Kochi
(Cochin). C’est la ville qui incarne le mieux l’éclectisme du
Kerala, avec la plus ancienne église européenne de l’Inde,
construite en 1503 et dédiée à saint François, des mosquées
et une synagogue du XVIe siècle, ainsi que des maisons
portugaises vieilles de cinq cents ans. Le palais de Mattancherry,
édifié par les Portugais en 1555, a été offert au radjah de
Cochin en signe de bienveillance. On peut y admirer les fabuleuses
peintures murales, qui dépeignent des scènes du Mahabharata et
du Ramayana.
|