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Extraits de différents ouvrages dans lesquels il est
fait allusion à Pondichery

Georges Tailleur
Douglas
Taylor
Henri
Michaux
Jack
Thieuloy
Joël
Farges
Georges Tailleur Chandernagor ou le lit de Dupleix
- 1979
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Somme
toute les cinq villes de l 'Inde "confettis de l ' Empire" n'avaient
d 'autre utilité que de servir de question orale au Certificat
d 'Etudes. Pondichery, Karikal, Mahé, Yanaon et Chandernagor,
cs noms qui faisaient rêver et qu 'on récitait comme une contine...
©
Africa Nostra
| Douglas
Taylor de Lanka à Pondichery 1931 |
Pondichery,
dont jadis Dupleix a fait "la reine de l 'Orient", végète sous
le soleil tropical, balayé par la mousson, face à cette mer houleuse
du Golf du Bengale, où le Bailli de Suffren a tant de fois défié
la flotte anglaise. .../... Dans ses rues droites et poussièreuses
à la dure clarté du soleil, dans ses avenues ombragées, également
désertes et bordées de hauts murs de pierre grise, le silence
m'accable et me déprime. Seul le bruit de mes pas résonne sur
les troittoirs usés et m'inspire une vague inquiétude. Par les
grilles entr 'ouvertes j'aperçois de vieux jardins envahis par
une végétation sauvage et luxuriante qui pousse à l'ombre des
grandes arbres aux fleurs jaunes, rouges et mauves. Des maisons
basses de structure solide et d 'aspect patricien paraissent derrière
le feuillage touffu qui les cache à moitié (...)
Qui peut bien les habiter encore
ces maisons ? Derrière ces persiennes toujours closes, dans des
Salons Empire, de très vieilles personnes aux façons ancien régime
doivent y faire ménage avec des mémoires. .../... Dans le brouhaha
général on distingue la voix des marchands, qui, accroupis sur
leurs étalages, interpellent les passants (...)
Le tout dégage une odeur inoubliable,
composite, entre l'aigre - doux de la sueur humaine, le parfum
des cotonnades neuves, l'âcre senteur des cuirs et des huiles
et, pénétrant tout, l'odeur de la bouse de vache. .../... Ce soir,
31 décembre, bal de réveillon au Gouvernement. Deux fois par an,
à l'occasion de la fête nationale et au Nouvel An tout Pondichery
est convié à une "soirée" chez le gouverneur. Ce sont, d'ailleurs,
les seuls événements "mondains" dans la colonie. (...)
Installée
dans la galerie, la musique municipale martèle des airs de jazz
d'il y a huit ans. Alternant avec elle, un orchestre dans la salle,
dont l'effort louable rappelle l'armée du salut, et l'habillement,
des costumes d'opéra comique, joue des tangos et des blues. (...)
Français,
Anglais, Tamouls se coudoient; l'on voit tous les métissages,
l'on entend parler toutes les langues. Il y a toute la gamme des
teints, depuis le jeune anglais blond et rose jusqu'au vieux Tamoul
noir comme de la cire à chaussures. (...) Tout autour de la salle
des femmes font tapisserie, et bavardent entre leurs éventails.
Des hommes font bande à part au bout de la galerie, et discutent
les prix du coton et du caoutchouc, leur prochain congé et leur
dernière maîtresse. Dans un coin des "vieux" font un bridge; ou
est -ce un whist ?
©
N.E. A
| Henri
Michaux Un barbare en Asie - 1933 |
Les
convertis chrétiens ont fait élever un mur de séparation, à la
cathédrale de Pondichery, pour séparer les castes. Je suis chrétien,
mais de caste brahme!...
© Editions Gallimard
| Jack
Thieuloy L ' Inde des grands chemins - 1971 |
D'entendre
parler français, des flics qui vous répondent en français, bien
que petit - nègre, j'en viens à ressembler à un muet qui a recouvré
l'usage de la parole. Tout mon être a retrouvé ses êtres. Le tafia
n 'est pas folichon, en cette enclave de non prohibition, mais
il débonde le larynx. Je gueule du français sur le trottoir, je
hurle des "je t 'aime chérie !" aux filles sages qui ont laissé
leur rouet pour faire leur promenade vespérale. Je prends plaisir
à scandaliser cette puribonde et cléricale population provinciale.
©
Editions Robert Laffont
| It's
Hot In Paradise Joël Farges Cinéaste |
Je
découvre les photographies de Guillaume Zuili et elles m'apprennent
que Pondichery n'existe pas. Cette petite ville du bord des côtes
de Coromandel n'a pas de réalité. Chacun la rêve. Il m'apparaît,
photographie après photographie, qu 'il y a autant de Pondichery
que d'aventuriers sensibles qui l'ont traversée. Et d'ailleurs
toute la fascination pour cette ville réside en ce que Pondichery
est une suite infinie de rêves égrénés depuis presque trois siècles
pour les voyageurs qui s'y rendent. Si vous rencontrez l 'un de
ces voyageurs qui en revient, parlez avec lui de Pondichery. Ils
en parlent tous avec un sentiment d'effusion intense, comme si
nous étions les élus d 'un même sortilège, comme si nous avions
été initiés aux mêmes rites comme si nous étions victimes du même
charme.
Un
rêve revient - c'est un cliché - il mélange jasmin et cannelle,
rajahs français et byadères lascives, poussière d'une éphémère
grandeur française avec le charme d'une sous - préfecture d'opérette
exotique. Un parfum vénéneux mêlé aux innocences tropicales. Disons
un peu du monde de Baudelaire égaré parmi les naïvetés des toiles
de Jouy. Pourtant marcher dans les rues de Pondichery n'est pas
un plaisir particulier et ne réserve ni surprises ni aventures
singulières qui ne seraient le lot ordinaire de tout périple dans
le reste de l'Asie; Pondichery est d'une certaine manière décevante:
son architecture est sans style. Goa a édifié des cathédrales
impressionnantes, a bâti de pléthoriques chapelles de peur que
le paganisme ressurgisse des cendres des bûchers et des supplices
atroces de l'inquisition et de la féroce colonisation. Goa s'est
inventé un mobilier rococco qui fait la joie de bien des amateurs.
A Pondichery, rien: pas vraiment de style, pas vraiment d'inspiration....
Même cette maison où j'ai vécu quelques mois, ne fait que refléter
un style d 'inspiration anglo - indienne sans élégance véritable,
cherchant vainement à exhiber sa puissance et son opulence...
Alors
d'où vient le charme, l'emprise inoubliable? Du velouté presque
transparent de ses bougainvilliers mauves de l'air tiède et du
jaune ambré de sa lulière? Pondichery vous prend et vous rend
à votre pays d'origine, habité d'une nostalgie sans fin... Pourquoi?
Je ne sais pas. Je l'ai pourtant parcouru maintes fois les yeux
ouverts et chque traversée fut comme autant de perles d'un collier
sans que je m 'en explique la raison. Peut - être parce que Pondichery
se prononce presque comme Paradis ? Curieux finalement comme son
nom même (origine lointaine d 'un lieu - dit en tamoul qui s'est
francisé), Pondichery qui avec ses syllabes "chéry" donne
à ce lieu une dimension sentimentale, presqu'un peu guimauve,
que l'on retrouve dans tous les bagages de ceux qui sont passés
par là... car pourquoi y va - t - on?
Pourquoi
y réside t -on? A cause de cette harmonie paisible, de sa tranquilité
douce, de son air attiédi par l'océan, de cette vacance, de ce
temps indolent que l'on ne vous reproche pas? On aime cet endroit
sans raison. J'ai vécu quelques mois de ma vie à Pondichery. J'y
ai été heureux et bien insouciant, traversé moi aussi de rêveries
apaisantes devant l'insondable et mystérieuse Inde... cette Inde
où j'ai eu de grands rêves: raconter et filmer de grandes histoires
d'amour; L'amour est trèsprésent en Inde. La romance est dans
ses films mais son exprssion est absente; pas d'amoureux sur les
bancs publics; pas de flirt sur les plages ou à l'ombre des palmiers.
Alors, souvent je me suis posé cette question: où est l'amour?
Un ouvrage de Mircea Eliade écrit dans les années trente, nous
raconte qu 'à Pondichery on trouvait au crépuscule une maisonde
bayadères. De magnifiques ballerines venaient y exhiber leur subtil
talent. Ce n'était pasunlieu où l'on trouvait à bon prix des épouses
de consolation, mais un cercle pur d'amateurs. Le style des danseuses
y était très ardent et le désir incandescent pour devenir une
fournaise à la tombée du soir. C'était un établissement tout en
pénombre et souvent l'indianiste se surprenait à rêver à ces corps
ondulants et échappés des sculptures des temples tout proches.
J'ai longtemps cherché cet endroit. Cette maison de bois aux persiennes
mi-closes étaient tenue par une danseuse du nord, une Rajpute
de quelques années l'ainée de ses invitées. On y accédait par
un escalier qui jouxtait le palais des Rangapillé. J'ai cherché,
j'ai interrogé: personne ne se souvient de ce salon de musique
et de danse J'ai cherché comme l'on cherche des fragments d 'un
rêve très ancien. ll y avait bien un escalier ajouré en bois.
Il y avait bien des volets vermoulus aux persiennes en lambeaux.
Etait-ce ici qu 'on abandonnait aux rêves des gestes langoureux
et suaves des danseuses, auson cristallin des veenas et aux lamentations
vibrantes des sarods? ...
Seules
quelques affiches pendaient au murs en ruine: on y voyait une
mauvaise effigie de danseuse en vilains dessous féminins européens.
C'était une affiche de film: "it's hot in paradise". Je retrouve
cette même affiche collée sur une façade de Chandernagor. Curieux
hasard.... mais est - ce un hasard ?
Si
vous avez d'autres textes marquants à nous communiquer,
n'hésitez pas.
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