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L'Inde et les OGM

Après les Etats Unis, le Canada, l’Argentine et la Chine, l’Inde ouvre la porte aux OGM.

  

OGM : Organisme génétiquement modifié

organisme qui a reçu un gène d'un autre organisme d'un autre genre ou autre espèce.

Quelques chiffres plantent le décor de la situation en Inde. Sur le milliard d’habitants que compte le pays, 66%  sont des agriculteurs (190 millions de personnes) . Dans ce pays où 50 % de la population vit en dessous du seuil
 de pauvreté,  37% des paysans vit en dessous du seuil de pauvreté absolue et les disparités ne cessent de se creuser . Un ouvrier agricole gagne l’équivalent d’un dollar par jour et une ouvrière un demi-dollar, sauf si son employeur considère qu’elle accomplit un travail équivalent à celui d’un homme.

 Grâce à la révolution verte des années 60-70 pendant laquelle le gouvernement a introduit dans l’agriculture produits chimiques et pesticides à des prix largement subventionnés, l’ Inde est devenue globalement autosuffisante sur le plan alimentaire. Depuis 1947, la production de céréales (riz et blé) est passée de 15 millions à 200 millions de tonnes par an. Cependant, cette productivité est inférieure à celle des pays voisins à cause de la mécanisation quasi inexistante, du climat semi-aride sur 2/3 du territoire, des parasites, de l’utilisation intensive d’engrais qui appauvrissent le sol et de la petite superficie des surfaces cultivées. De plus, ces rendements sont insuffisants au vu de l’estimation à 1,5 milliard de la population indienne à l’horizon 2020-2040.

 Afin de remédier à cela et aussi afin d’améliorer la qualité nutritionnelle des aliments, les plantes transgéniques seront officiellement autorisées en Inde en 2001.D’abord le coton qui occupe une superficie de 9 millions d’hectares dans les états du sud, avec des variétés résistantes aux insectes crées par la firme Monsanto. Dans un deuxième temps devraient venir des espèces alimentaires : riz, blé, pois chiche, pomme de terre, chou, tomate, canola (sorte de moutarde).

Les recherches sont effectuées dans des centres financés par l’état fédéral. Dans le domaine de la biologie, trois ont acquis une réputation internationale : l’International Centre for Genetic Engineering and Biotechnology (ICGEB) à Delhi, l’Indian Institute of Science (BSC) à Bangalore et le Centre for Cellular and Molecular biology (CCMB) à Hyderabad.

Contrairement à d’autres pays comme la Chine qui s’est lancée massivement depuis quelques années dans la culture de coton et de riz transgénique, les autorités de Delhi abordent ce tournant dans les règles de la transparence et de la sécurité. Au minimum cinq années sont nécessaires pour obtenir l’homologation d’une variété. Trois comités d’experts, placés sous la houlette du département des biotechnologies évaluent les risques pour l’animal, l’homme et l’environnement. L’implantation d’essais en plein champ est soumise à autorisation. Dans trois ans, à la mise sur le marché de produits issus de l’agriculture transgénique, il est prévu un étiquetage clair permettant au consommateur de choisir.

En dépit, de cette volonté de transparence, cette politique est vivement critiquée par les mouvements écologistes et l’immense foule des petits paysans qui resteront à l’écart de cette grande mutation. 

Aujourd'hui, la diversité des céréales et légumineuses (mil, sorgho, sésame, riz, pois, lentilles...) et le nombre important de variétés de chacune permet de choisir sa culture en fonction de paramètres tels que :  la qualité du sol, la taille de l'exploitation, celle de la famille, la valeur marchande du produit, le besoin de liquidité .... .Cette variété est née du savoir faire des paysans qui depuis des générations sélectionnent et épurent leur semences selon de multiples critères.  Ces semences sont une ressource à préserver d'une année sur l'autre , elles sont la prérogative des femmes qui sélectionnent les plus beaux spécimens parmi les épis récoltés  jonchant l'aire de battage. Elles constituent souvent l'unique capital dont disposent les femmes indiennes puisque seuls les hommes héritent de la terre.

 Cette variété et ce fragile équilibre économique sont menacée par les variétés améliorées mises au point par des compagnie privées qui revendiquent  leur propriété en déposant des brevets et en contraignant les paysans à leur racheter des semences tous les ans.

 Un brevet sur une semence équivaut à la privatisation de la base même de l'alimentation. Pour ces paysans, ces brevets signifient : le pillage de leurs inventions et ressources génétiques, une limitation à l'accès aux semences, la priorité de l'agriculture industrielle sur l'agriculture paysanne et une dépendance accrue face au marché mondial. En un mot, ils limitent la souveraineté alimentaire.

Même les responsables de Monsanto ne cachent pas que « les OGM  ne font pas tout ». Surtout dans un pays où les ¾ des exploitations comptent moins de deux hectares, où plus de la moitié de la production est autoconsommée et où la majorité des paysans est illettrée. Inutile aussi d’investir dans des variétés transgéniques plus coûteuses que des semences traditionnelles lorsque l’on ne dispose pas de l’irrigation, ce qui est le cas de 83% de la surface agricole indienne. Enfin, beaucoup de petits paysans n’ont pas les moyens d’acheter les intrans (engrais, pesticides) nécessaires à la production.

 Des associations de paysans indiens hostiles aux OGM ont vu le jour. Parmi elles, l’association « Navdanya » fondée par  le Docteur Vandana Shiva qualifiée de José Bové en sari par certains journaux occidentaux. Les agriculteurs adhérents à ces associations sont minoritaires (Navdanya en compte 2000 sur les 190 millions de fermiers indiens), mais très actifs, ils n’ont pas hésité à détruire par le feu à plusieurs reprises des essais de champs d’OGM.

« Navdanya » se bat pour la conservation de la biodiversité : à Dehra Dun (Uttar-Pradesh) où vit sa fondatrice, on dénombre 242 variétés de riz et plus de vingt variétés de blé. Elle lutte aussi contre la main mise de grandes firmes comme Monsanto sur l’agriculture, qui en participant à l’économie moderne ne font qu’obéir aux marchés sans respecter l’Homme.

Pionnière en Inde de la lutte contre les OGM, Vandana Shiva a développé douze banques communautaires de semences dans sept états.

Une autre organisation importante est le KRRS (Association des paysans de l’Etat du Karnataka, au sud de l’ Inde) dont un des animateurs est Nanjunda Swamy.  

Nanjunda Swamy

Quatre cent de ses membres ont parcouru l’ Europe du 22mai au 20 juin 1999 afin de rencontrer les paysans européens et d’autres forces sociales. A la veille de l’ouverture des négociations à l’OMC, ils dénoncent les conséquences de la libéralisation forcenées des échanges qu’ils subissent eux ainsi que les populations des pays du Sud : baisse des prix, usure de la terre, exode et paupérisation. Ils alertent sur les dangers écologiques, sociaux et éthiques pour l’humanité induits par la main basse sur le Vivant des grands trust agroalimentaires. Ils affirment leur espoir dans un élan de solidarité des peuples de tous les continents pour « faire un pas de plus vers un monde différent ».

Images de cette manifestation

  

 

Ces associations indiennes sont soutenues par des organisations françaises ou internationales comme ATAC, la Confédération Paysanne, Via Campesina, la Confédération Paysanne et la Coordination pour le Contrôle Citoyen de l’OMC. Elles travaillent ensemble lors de réunions ou manifestations comme le « tribunal des semences » organisé par Vandana Shiva (Bangalore septembre 2000) auquel participaient une vingtaine d'associations indiennes et des militants anti-mondialisation dont José Bové. Ces assemblées, peuvent aborder des thèmes de société très larges tel que l’oppression des femmes indiennes (conférence de Via campesina Bangalore décembre 2000).

A l’exemple de José Bové qui déclare « Nous ne menons que des actions non-violentes » « j’ai beaucoup appris sur la lutte d’indépendance de l’ Inde et sur la façon dont Gandhi l’a mené. C’est un bel exemple pour nous », ces organisations prônent pour la plupart la non-violence

 Face à une bataille qui les dépasse, les fermiers indiens, dont l’immense majorité est illettrée, s’interrogent. Prôné aujourd’hui, le retour à l’agriculture naturelle est en contradiction avec la révolution verte des années 60. «  Dans toutes les langues de l’ Inde, le mot pesticide a été traduit par médecine pour en encourager l’emploi » affirme Vandana Shiva. « Nos paysans sont en pleine confusion » reconnaît le Dr Claude Alvarès membre de « Navdanya ». « Dans les années 80, beaucoup d’ONG sont allées dans les campagnes pour encourager l’emploi des produits chimiques et des pesticides. Ces mêmes ONG prônent aujourd’hui le contraire, ils ont du mal à s’y retrouver. A écouter Mme Shiva, la reconversion aux méthodes organiques va vite. D’autant que l’agriculture indienne est restée largement traditionnelle et que, les subventions des engrais et pesticides baissant, leur utilisation devient plus coûteuse. Selon elle, l’agriculture indienne pourrait redevenir complètement traditionnelle en cinq ans. Un délai très optimiste compte tenu des barrières psychologiques qui restent à franchir et d’une politique gouvernementale qui privilégie l’application d’une agriculture moderne.  

Révolution verte : mise sur pied dans les années 60 par les
 élites indiennes pour résoudre le problème du déficit alimentaire. Elle reposait sur l'expansion de l'irrigation et sur la trinité "semences à haut rendement, engrais, pesticide". Elle concernait  le riz et le blé. Elle n'a  pas pris en compte les légumineuses, sources de protéines pour les plus pauvres  et les autres céréales comme le sorgho et le mil malgré la place centrale qu'elles occupaient dans l'alimentation des petits paysans des régions non irriguées.

 Cette révolution verte s'est faite au prix d'importants coûts écologiques : épuisement des nappes phréatiques, pollution et perte de diversité agricole : sur les 6000 variétés du riz cultivées au Bengale 50 ans auparavant, il ne reste que quelques centaines .

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Retrouvez une partie de ces informations prises dans Globes mémoires N°3 

 

Liens vers quelques pages sources d'informations

http://www.idrc.ca/books/reports/f232/shiva.html : présentation de Mme Shiva 

http://www.cyberport.uqam.ca/francais/pays/inde/ecoAutomne99Revolution.htm :pour en savoir plus sur la révolution verte

http://www.confederationpaysanne.fr/head.htm

http://iae.net/users/lightnet/world/indianfarmer.htm sur le site du KRRS

http://www.attac.org/ : site ATTAC

http://ns.rds.org.hn/via/ du site Via campesina

http://ww2.creaweb.fr/bv/ogm/ : pour en savoir plus sur les OGM


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(c) PONDICHERY.COM / Textes: Christine Schotte      Recherche d'info: Serge Labrousse