|
L'action vraie
Le renoncement au plaisirs des sens
commence par celui à toutes possessions et aux plaisirs qu'elles
procurent. Les sadhus doivent posséder uniquement le strict
nécessaire à leur survie et à la pratique de leur rituel. La
simplicité des choses qu'ils utilisent et le minimalisme de leur
vêtement illustrent cette obligation de pauvreté.
La nudité est la meilleure expression de ce précepte de
dénuement, mais de nos jours, seuls quelques élus la pratiquent.
La plupart des saints hommes s'habillent d'un simple morceau de
tissu et quelques uns lui préfèrent des produits naturels comme
es feuilles de bananier. Les sadhus ne travaillent pas, ils
ne produisent pas et leur subsistance dépend de la générosité
des dévots. Les dons arrivent assez facilement lorsqu'ils sont
reconnus comme des hommes saints ayant des pouvoirs, mais les
moins charismatiques, pas forcément les moins saints, doivent
mendier. Une forme de mendicité passive consiste à s'asseoir sur
le passage des croyants et d'attendre leurs oboles. Les croyants
considèrent de leur devoir religieux de supporter les babas et
savent que la mendicité fait partie des pratiques ascétiques.

Quelques sectes poussent le principe de
pauvreté encore plus loin en réglementant les dons qu'elles
peuvent accepter : pas d'argent, seulement de la nourriture
cuisinée ou non, ne pas quémander auprès de certaines castes ou
certains jours.
Si un baba reçoit plus que de quoi satisfaire ses
besoins immédiats,
il doit distribuer le surplus à ses condisciples babas ou subventionner
son organisation. Les diverses organisations distribuent chacune
à son tour un repas par jour aux sadhus et aux pauvres.
La sexualité constitue le plaisir des sens qui
doit être proscrit absolument. Le célibat est sûrement
l'exigence ascétique la moins compréhensible pour les hommes
ordinaires qui considèrent le plaisir sexuel comme un droit et même
comme un besoin biologique sans lequel la vie n'a quasiment plus
de sens. Le célibat découle de la conviction que l'énergie
sexuelle peut être sublimée en pouvoir spirituel et même en
béatitude éternelle. Par le rejet de la sexualité, l'ascète se
place en marge de la société, le célibat entraîne un
désintérêt pour les relations sociales. La nourriture, autre
source de plaisir, doit se limiter au minimum vital. Elle peut
être prise comme "médicament" (les vrais
médicaments devant être idéalement proscrits) et doit
être transmutée en "nourriture divine" "prasad"
par l'offrande d'une partie au feu et aux dieux. Tous les sadhus
sont végétariens pas seulement pour se conformer au principe de
protection des créatures vivantes mais aussi parce que la viande
est polluée et est supposée augmenter l'appétit sexuel. Un
repas par jour est suffisant.

Vivre au pieds des arbres
La sécurité et le confort d'un
"chez soi" sont à abandonner. L'idéal est de vivre
dans les temples ou au pied d'un arbre. Beaucoup de sadhus surtout
jeunes et aventureux suivent cet ancien précepte d' itinérance et
ne restent pas plus de quelques jours au même endroit. Ils
voyagent légers, seuls ou en groupe et vont de lieu saint en lieu
saint. Autrefois, ils marchaient, aujourd'hui, il prennent le
train lorsque c'est possible, ils bénéficient d'une coutume
ancienne qui les autorise à prendre ce transport gratuitement. Un
pèlerinage célèbre consiste à se rendre aux quatre coins de
l'Inde : Badrinath au nord, Puri à l'est, Rameshwaram au sud et
Dwarka à l'ouest. Un autre circuit qui dure deux ans et est
plutôt apprécié par
les Shivaistes suit le cours de la Narmada .
Comme les oiseaux migrateurs, les
sadhus bougent selon les saisons: l'hiver au sud et l'été dans
l'Himalaya. Mais après quelques années d'errance, la plupart se
trouvent un point de chute. Après les temples et le pied d'un
arbre, les endroits favoris sont les grottes, les ermitages dans
la jungle , un lieu de crémation, ou les berges d'une rivière
sainte ou les abords d'une ville. En principe, ils doivent vivre
sur un emplacement appartenant à une organisation religieuse mais
quelques uns squattent des lieux publics. Le sadhu a pour règle
de se fixer à un endroit consacré à sa déité ou bien
considéré saint par tous comme Bénares, Allahabad et Rishikesh.
Les lieux sacrés pour les
Shivaistes sont Hardwar, Ujjain, Nasik et Junagath. Les adeptes de
Rama vont à Ayodhya, Chitrakut, Rameshwaran et Dwarka. Ce sont
des endroits pleins de pouvoirs où les dieux ont touché la
terre, où il existe une passerelle entre le ciel et la terre. De
plus , dans de tels endroits, il y a une quantité de temples et
ashrams où manger et un flot continu de pèlerins qui vénèrent
leur dieu mais consultent aussi les babas et pourvoient à leurs
besoins.
A l'exception des ermites
invétérés qui coupent tout contact avec le monde, la plupart
des sadhus sont sociables et hospitaliers. Ils se rendent visite
régulièrement et invitent avec une générosité royale. Ils
partagent tout ce qu'ils ont : nourriture, boisson et cigarettes
avec leurs visiteurs sans peur du lendemain. Bien sûr, les
visiteurs ont des devoirs, les piques assiettes ne sont pas
appréciés, par accord tacite, le visiteur doit contribuer, selon
ses moyens, à l'entretien des sadhus, par des dons en nature ou
par des services. Ces offrandes sont pour la déité et n'ont pas
pour but de flatter l'ego du sadhu ou bien de l'enrichir.
C'est ainsi qu'elles sont acceptées.
"Vivre sous un arbre"
sans murs, présente l'inconvénient que tout un chacun peut
déranger la paix de l'endroit où pire le polluer. Afin de
préserver la pureté et de sanctifier son endroit, le baba
instaure des règles de conduite et de barrières virtuelles
autour de son domaine. Lorsqu'il entre dans ce territoire, le
visiteur doit, tout comme à l'entrée d'un temple, se
déchausser. Il doit traiter le baba avec respect, lui adresser le
salut en usage dans sa secte et attendre qu'il lui désigne la
place où s'asseoir. Il s'assoit alors sur le sol, jambes pliées
et pieds cachés. Le baba s'assoit sur un emplacement
généralement surélevé, de la taille d' un lit, constitué de
couvertures empilées. C'est un endroit très privé que seuls
d'autres sadhus peuvent partager avec lui, les gens ordinaires
veillent à ne pas le toucher.
Suite
p 5 -
La fonction sociale d'un Baba- ; - Les idoles vivantes- ; Les
icônes- ; - L'apparence-
Suite
-Quelques sectes Shivaistes-
Suite
- Quelques sectes Vishnuistes
Suite
-glossaire;
quelques idées de lecture-
Galerie
de photos sur les sadhus
|