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Quel plus beau
symbole de l'Inde que l'image de la vache sacrée. Nous avons
voulu rendre hommage à celles-ci en leur consacrant une rubrique.

La
vache était déjà vénérée en Inde il y a 3500 ans par les
Aryens qui étaient pasteurs à l'origine. Les sacrifices
védiques, comprenant offrandes et récitation d'hymnes sacrés,
constituaient une part importante de la vie quotidienne de
l'époque. Ces rituels étaient célébrés par les brahmanes,
mais l'offrande sacrificielle, faite principalement de beurre
fondu, étaient accomplie par tout le monde.
Un ouvrage à
apprécier: Etre une vache à Pondichery

Un petit ouvrage
plein de tendresse et d'humour de 20 pages, imprimé par
l'association SARADA et vendu au prix de 12,20 EUR en contactant
Nathalie Nichanian et Adam S. Callejon, rue des Templiers 30360 St
Maurice de Cazevielle tel: 04.66.60.17.69 ou E Mail: tzorig@aol.com.

Pourquoi les
vaches sont sacrées?
La
vache occupait dans la vie quotidienne védique une place aussi
importante que celle du feu sacré et du poète brahmane.

De tous
les animaux domestiques, la vache était le plus utile et le plus
attachant. Etant donné sa docilité, les brahmanes pouvaient
facilement s'en occuper.

Tous ses produits étaient d'une grande
utilité: lait, lait caillé (yaourt), beuree, ghee (beurre
clarifié), bouse et même l'urine qui servait de remède contre
certaines maladies. La vache devient un bien recherché, digne
d'être possédé par les brahmanes.

Dans
l'hindouisme, c'est la vache qui, en premier lieu, représente la
vie qu'il ne faut détruire ni par le sacrifice ni par l'abattage.
A la vache sont liées les idées de pais et d'harmonie : le bon
roi "protège la vache et les brahmanes". Bien des
massacres entre "communautés" ont pour point de départ
cette rumeur : des non-hindous ont tué ou mis à mal des
vaches.

En occident les trois-quarts des terres cultivables sont utilisées
pour la seule production de nourriture pour bétail. Si l'Inde
appliquait la même politique, la part des terres cultivables réservées
à la nourriture humaine se réduirait de telle sorte que le pays
ne pourrait plus s'alimenter comme il le fait actuellement



La vache sacrée: c'est du bluff!
Les hindous mangeaient autrefois
de la viande de bœuf, affirme l’historien D.N. Jha dans son
nouveau livre.
Choqués, les militants extrémistes de la droite religieuse
hindoue crient au scandale.
Joongang Ilbo, Séoul
Bien
qu’il soit végétarien “par habitude”, Dwijendra Narayan
Jha, professeur d’histoire à l’université de Delhi, mange
parfois du bœuf, “conformément aux dharmasastra [textes
religieux hindous]”. Dans son dernier livre Holy Cow -
Beef in Indian Dietary Traditions [La vache sacrée - le bœuf
dans la tradition alimentaire de l’Inde], il affirme que la
viande de bœuf faisait partie de la cuisine ancienne de l’Inde,
ce qui a provoqué la colère des groupes religieux [hindous].

Un
tribunal d’Hyderabad a interdit l’ouvrage, et l’arrestation
de son auteur a été exigée par les protecteurs de la vache
appartenant au Vishwa Hindu Parishad [VHP, Conseil mondial des
hindous].
Qu’est-ce
qui vous a poussé à écrire ce livre ?
D.
N. jha Le fondamentalisme religieux est de plus en plus présent
et le nombre de personnes qui demandent la reconnaissance de la
vache comme animal national augmente chaque jour. J’ai pensé
que je devais écrire quelque chose sur l’histoire du caractère
sacré de cet animal, pour savoir si, oui ou non, on en mangeait
en Inde. Quelques érudits ont déjà parlé du bœuf en tant que
nourriture. J’essaie de mettre en évidence la continuité
d’une tradition. J’ai également voulu montrer que
l’habitude de manger du bœuf était antérieure à l’islam.
Les fondamentalistes essaient d’associer l’interdiction de
manger du bœuf avec l’hindouisme, mais on a pu prouver que,
dans un premier temps, cette viande faisait partie de
l’alimentation. Dans une phase ultérieure, les dharmasastra
parlent de “l’ancienne pratique” consistant à manger
du bœuf.
Parle-t-on
de la consommation de viande à l’époque du Rigveda [le premier
des quatre Veda, livres sacrés] ?
On
trouve dans les Manusmriti [Lois de Manu, ce code
juridique édicté par Manu, le premier homme, fait partie des
dharmasastra] une liste des animaux qu’il est permis de manger.
Le seul interdit concerne le chameau.
Vous
voulez dire que la vache n’a acquis son caractère sacré que
plus tard ?
Cela
s’est fait progressivement. On ne peut pas déterminer avec
exactitude le moment où l’animal est devenu sacré. Le mot sacré
n’est peut-être pas le plus approprié. Il vaut mieux dire
“inviolable”. Si la vache est si sacrée, pourquoi aucun
temple ne lui est-il dédié ? En revanche, on peut trouver un
taureau Nandi [monture du dieu Shiva] dans de nombreux
sanctuaires. En tant qu’historien, je ne crois pas au caractère
sacré de la vache.

Qu’en
est-il de la loi selon laquelle ceux qui mangent du bœuf
deviendront des parias ?
Certains
dharmasastra appartenant à une époque plus tardive disent que
quiconque mange de la vache devient intouchable. Les brahmanes
associaient le fait de manger du bœuf avec les strates les plus
basses de la société, ce qui indique que la structure sociale était
en train de changer. Il s’agit d’un mécanisme qui permet
d’attribuer une place précise aux individus dans la hiérarchie
sociale : celui qui mange du bœuf est un intouchable, un
hors-caste.
Toutes ces classifications ont été établies par les brahmanes.
Mais il faut lire entre
les lignes pour savoir quel était leur but. Pourquoi les
brahmanes, qui mangeaient du bœuf mille ans auparavant, ont-ils déclaré
que ceux qui en mangent étaient intouchables ? Ils étaient obsédés
par l’interdiction de manger du bœuf parce qu’il s’agissait
d’une pratique répandue. Ils ont inventé cette interdiction et
l’ont intégrée dans les dharmasastra. Ils voulaient préserver
leur suprématie. Tous les brahmanes n’étaient pas d’accord
sur ce point, et certains défendaient l’ancienne pratique.
De
plus en plus d’individus exigent l’interdiction d’abattre
les vaches.
Je
suis en faveur de la protection de la vache, mais pourquoi ce
privilège devrait-il être réservé aux seules vaches ? Pourquoi
pas au buffle ? Je ne veux heurter la sensibilité religieuse de
personne. Je suis issu d’une famille de brahmanes assez
conservatrice. Mais je me dois d’écarter toute considération
religieuse lorsque je traite d’histoire.
Les
partisans de l’hindutva [hindouité, idéologie politique
de la droite religieuse désireuse que l’Inde soit déclarée
Etat hindou] affirment que cette idée fait partie d’une
conspiration plus étendue.
Ces
hommes sont eux-mêmes de grands conspirateurs. Ils disent des
mensonges, toujours des mensonges et rien que des mensonges. Ils répètent
le même mensonge de nombreuses fois afin de lui donner un air de
vérité, et tout ce qui contredit ce mensonge est une
conspiration. Un historien ne vit pas dans l’isolement. Il fait
partie de la société. Je suis comme un homme qui porte des vêtements
rouges et qui est encerclé par des taureaux fous furieux. Je dois
trouver un moyen de m’en sortir.

En
voulant établir que le Bouddha ou le Mahavira [fondateur présumé
du jaïnisme] mangeaient du bœuf, vous en blessez plus d’un.
Ces
gens-là devraient lire mon livre et tenter de prouver le
contraire. C’est ainsi qu’on doit réagir à un travail de
recherche. Pas en le vouant au bûcher, car cela signifie que vous
essayez de censurer les universitaires. Ce n’est pas juste. Je
ne m’attendais pas à ce que le VHP réagisse. Ses dirigeants ne
lisent pas. En exigeant mon arrestation, ils se comportent comme
des fascistes. S’ils continuent ainsi, ils vont devoir interdire
beaucoup de choses, y compris les Veda ou l’ouvrage de P. V.
Kane History of Dharma Sastras [Histoire des dharmasastra].
Et même les textes des dharmasastra où l’on évoque la
consommation de bœuf.
Propos
recueillis par Jomy Thomas
CI n° 570

> Intimidation
Depuis la parution en
Inde de son livre Holy Cow, en août dernier, le Pr Dwijendra
Narayan Jha a reçu plusieurs fois des menaces de mort et se rend
à ses cours sous escorte policière. Du coup, cet éminent
spécialiste de l’histoire de l’Inde ancienne hésite à se
rendre au Royaume-Uni pour le lancement de l’édition
britannique, qui paraît en avril, chez Verso, sous le titre The
Myth of the Holy Cow (“Le Mythe de la vache sacrée”)
Tinitin et les vaches sacrées
- Extrait de Tintin au Tibet

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