Il est pratiquement certain que le plaisir de voir des films hindis n'a aucun rapport avec celui du spectateur indien, bien que, selon Sara Dickey, nous partagions le même désir de voir un film, peu importe lequel, mais voir un film... Lors d'une projection du Cinquième élément double en hindi (pour une fois que je n'allais pas voir un film hindi...voilà que je ne comprendrai pas davantage les dialogues...), des jeunes m'expliquaient qu'ils regardaient les films américains pour l'action, puisqu'ici, The Fifth Element passe pour un film américain. Selon eux, les films hindis étaient juste bons pour une histoire romantique ou pour le social. Pas pour l'action.
Des films juste bons pour le romantisme ou le social? Romantisme, ces grincements, crispations, viols déguisés, entre les hommes et les femmes? Du social, ces histoires toujours les mêmes, un pauvre amoureux d'une riche, des amis séparés par les parents prêts à semer la zizanie entre eux, des vêtements à l'occidentale, des intérieurs qui n'existent nulle part ailleurs que dans des films publicitaires?
Moi j'y vais parce que ça change en permanence. De genre, de tout. Le clou du spectacle, ce sont les moments musicaux, où ca change de tout, décor, costume, foutaise de la vraisemblance à chaque plan, foutaise de la suite dans les idées
J'y vais pour le plaisir, pour effeuiller les images, les postures, faire tourner des acteurs, les images d'acteurs. Pour le toc: juste des images, rien d'autre.
Les faire tourner dans la lumière, manipuler.
j'y vais pour la grande mascarade
On raconte que le travestissement, la mascarade, le dévoilement sont des motifs clefs du cinéma hindi, qu'ils participent de la constitution d'une identité nationale
On connaît la musique : le film hindi comprend des figures imposées : une star, six chansons, trois danses, chansons et même type de chanson. Mais l'ensemble , masala movie, combine des éléments hétérogènes.
Autre convention du film hindi, le chanteur glissant de tronc d'arbre en tronc d'arbre,, ou de fenêtre en fenêtre, de pilier en pilier. On change de décor à chaque mesure, fait preuve d'une imagination délirante dans la combinaison des différents styles musicaux, des différents instruments, des rythmes du monde entier, recyclant toutes les modes.
Il faudrait vous montrer ces badauds qui, a Katmandu, assistaient au tournage d'un film hindi
.Il faudrait vous faire écouter des chansons de films, omniprésentes, signatures du film commercial, au point que le comité de sélection des films pour festival en vient à douter des qualités artistiques d'un film du moment qu'il présente des épisodes chantés (voir le débat dans la critique lors du dernier festival de New Delhi)