Dans les rues de Madras (image)Dans les rues de Madras, ils rugissaient @C. Mazabrard

Prenons un film, Dhastak par exemple. Le film commence par une mise à mort: un homme ose se dresser contre des promoteurs mafieux et musclés, la meute le massacre. Plan de l'épouse folle de douleur secouant le corps ensanglanté, raccord avec un brasier dans lequel des prêtres lancent des pétales en psalmodiant des prières. C'est alors que, surgissant des eaux du fleuve sacré, un homme arrive: le nouvel homme en colère, un qui ne pliera pas devant l'injustice (À la fin du film, le héros aura droit à une deuxième sortie des eaux, bien boueuses cette fois, puisqu'il surgira du marécage dans lequel sa fourgonnette aura plongé - la boucle et la répétition seraient-elles des figures de la rhétorique des films hindis?)

On connaît la musique, mais le film ne manque pas d'humour: le voilà qui rend visite au premier jeune homme en colère, Amitabh Bachchan en personne. Autre clin d'oeil, le neveu du héros principal - héros dont le nom est celui d'un autre film avec Amitabh Bachchan, héros qui, à la manière encore d'Amitabh Bachchan, porte un bandeau dans les cheveux - en vient à singer la colère des grands, à bander ses muscles et défier le Grand Méchant dont il envoie promener la toque en léopard d'un jet de pierre...

Le motif du jeune homme en colère n'est pas le seul lieu commun du cinéma commercial indien. On pourrait citer les scènes de cabaret, la vamp - épouse du Mauvais mais également chargée d'exécuter les danses les plus provocatrices...

Rashmi Doraiswamy, dans "Hindi Commercial Cinema: changing Narrative Strategies" (in Frames of Mind: Reflections on Indian Cinema, édité par Aruna Vasudev) étudie l'évolution des systèmes narratifs dans le cinéma récent. L'auteur note que certes il existe, de film en film, des types (la vamp, l'affreux, etc) mais que le cinéma récent jamais ne parvient à véritablement créer de personnage comme celui incarné par Amitabh Bachchan dans le cinéma des années soixante-dix. Le "jeune homme en colère" n'agissait pas de facon pathologique, sa violence était liée à une réalité sociale, à une histoire. Il était habité d'un esprit de vengeance (on a assassiné ses parents), mais aussi d'un souffle carnavalesque. Il y avait toujours un flashback pour revenir sur l'enfance du héros ou sur celle du méchant.

La maison du méchant a elle aussi changé. Les gadgets technologiques, ascenseurs, boutons à presser au moment adéquat... tout cela s'affadit devant un univers qui ressemble de plus en plus à un antre de body-building.

Les danses font moins référence au folklore qu'à l'aérobic, la foule, le groupe, apparaissent moins comme des communautés que comme des masses. Situation dont le film Dhastak semblait s'amuser puisqu'au début, les scènes de violence se déroulent devant un parterre de spectateurs muets, tétanisés de peur, tandis qu'à la fin, la foule intervient et se rebelle contre le chef du gang qui la harcelait...

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